Offenbach: Orpheus

The text below can be found on:

http://www.geocities.com/jacquesoffenbach/page1104.html
 
VU ET ENTENDU Actualité Archives des critiques de disques

VU…
 Orphée aux Enfers (Société Thalia d'Amsterdam janvier 1999)
L'impardonnable mise en scène d'Orphée aux Enfers, de H. Wernicke à la Monnaie de Bruxelles, m'avait pendant de longs mois écarté du chef d'œuvre d'Offenbach, car je craignais les associations d'idées que l'écoute de cette partition si diversifiée et en même temps si homogène pourrait susciter chez moi. 

La version présentée à Amsterdam par Joop Fransen et la "Toneel en Opérette Vereeniging Thalia", présidée par Nelly Portengen, m'a heureusement réappris le chemin de cet opéra bouffe et rappelé que contrairement à ce que semblent persister à penser certains aristarques, Orphée avec sa musique et son livret d'origine, reste plus que jamais une œuvre aisément accessible et qui plaît à tous les publics. Pourquoi les mises en scène d'opéra actuelles sont-elles conçues de façon à oblitérer le message des musiciens et à en compliquer inutilement la compréhension, tandis qu'on estime par contre tout de suite et trop vite, qu'une opérette qui se situe dans les temps mythologiques est nécessairement incompréhensible et ne peut donc amuser personne ? 

C'est ce qu'a pensé H. Wernicke, qui a dû se dire qu'un public actuel ne peut être intéressé que par un super-cocktail d'obscénités et une panoplie complète de bruits physiologiques... Et on redemande ce monsieur, cette fois pour démolir La Belle Hélène ; il est vrai qu'il n'est pas seul à faire ce genre de choses.

La Société Thalia a été fondée à Amsterdam en 1915 et fêtera ses 85 ans d'existence en l'an 2000 avec les Contes d'Hoffmann. D'illustres chanteurs d'opéra (telle Christine Deutekom) et d'opérette viennoise (tel Anton de Ridder) y ont chanté et depuis 1974, la direction musicale y est assurée par Joop Fransen, qui se charge aussi de la régie depuis 1978. Sous son impulsion, la préférence se porte désormais sur Offenbach et Sullivan, dont il effectue avec Gerard Knoppers une traduction (en néerlandais) des livrets aussi fidèle que dynamique.Cette approche multidisciplinaire (direction artistique, régie et traduction) donne une grande cohésion aux spectacles. Les membres de la société sont tous diplômés dans la pratique vocale et l'orchestre est composé de professionnels.

Joop Fransen a déjà produit un grand nombre d'ouvrages d'Offenbach, avec un orchestre complet et dans une fidélité totale aux partitions et aux livrets, couplée avec des concepts de régie allègre mais réellement respectueuse des intentions du compositeur. Citons notamment Les Bavards, Les Brigands, Le Roi Carotte, La Fille du Tambour-major, L'Île de Tulipatan, La Belle Hélène, La Périchole et Orphée aux Enfers. Il espère monter Les Contes d'Hoffmann en 2000.

La version 1858 d'Orphée aux Enfers, la plus intimiste des deux, avait été présentée à Paris dans un théâtre qui venait à peine de se libérer des limitations imposées par les autorités au point de vue de la longueur des pièces et du nombre de participants dans les représentations. J. Fransen a essayé ici d'utiliser au mieux les grosses ressources humaines de sa société, tout en évitant les mises en scène somptueuses (mais trop coûteuses pour une troupe non subventionnée) telles que celle de 1874. Il a donc inséré dans la version 1858 un maximum des morceaux ajoutés par Offenbach en 1874, en privilégiant toutefois ceux qui mettent en jeu des masses chorales.

Le résultat est une densité musicale beaucoup plus forte que celle de 1858 et la possibilité d'entendre des morceaux peu connus, sinon inconnus (même la version Plasson - si complète relativement - n'a pas pu reprendre toute la musique !).

Le respect des balances entre les familles d'instruments, des balances harmoniques, des tempi et de la distribution des rôles entre les voix, donne une présentation exceptionnellement bonne, d'une grande homogénéité, où se détachent sans doute, côté féminin : Marjolein Latour (Eurydice), à la voix partout égale et d'une incroyable agilité ; Nelly Portengen, une Opinion publique avec une somptueuse voix de mezzo, surtout dans le registre inférieur (on n'a pas jugé utile de la munir, comme à Bruxelles, d'une brosse de W.C., ce qui est un symbole de raffinement, comme chacun sait ; ni de l'habiller de papier journal ; puisqu'elle est l'Opinion publique, elle est habillée comme quelqu'un de la salle, d'où elle sort pour monter sur scène) ; Karin van Arkel, une Diane jeune, élégante et mince, à la voix séduisante et pleine de promesses ; Arwin Kluft, un Pluton d'aspect maffieux, et dont l'air "tirade-de-Janin" est rendu à merveille tant vocalement que dramatiquement ; Henk Hertogs, un Orphée très vivant, très mobile et très expressif ; Joop Wesseling, un Jupiter tout à fait adéquat, genre Louis XIV, avec haute perruque et costume mythologique de l'opéra du XVIIIème siècle (le public amstellodamois n'aurait pas compris des allusions à l’empereur Napoléon III, qui n'est pas connu là-bas). Je fais grand tort à la foule d'autres personnages bien typés que je ne cite pas !

Les costumes sont ravissants, très en situation avec une pointe d'originalité comique, sans charge, très attrayante.  


Robert Pourvoyeur